Les deux actions de l’Esprit

Sources bibliques.

Dans la Bible, nous observons qu’il y a deux manières d’agir de l’Esprit Saint. D’une part, l’Esprit Saint est considéré dans son activité sanctificatrice c’est-à-dire en tant qu’il vient sur une personne, la transforme de l’intérieur en lui donnant un cœur nouveau (Ez 36, 26-27). D’autre part, l’Esprit Saint est considéré dans son activité charismatique c’est-à-dire en tant qu’il donne à certaines personnes des dons particuliers en vue du service de la communauté et l’édification de l’Église (cf. Ex 31, 3 ; 35, 31 mais aussi 1 Co 12 et 13). D’un côté, nous avons l’Esprit Saint qui se donne et de l’autre l’Esprit Saint qui fait des dons, d’un côté la grâce sanctifiante (gratia gratum faciens), de l’autre la grâce donnée des charismes (gratia gratis data)

Des accents différents en Orient et en Occident.

Par rapport à l’Occident, l’Orient chrétien mit davantage l’accent sur l’opération de divinisation, de sanctification de l’Esprit Saint. On pourrait citer ici la phrase bien connue de saint Séraphim de Sarov : « Le vrai but de la vie chrétienne consiste dans l’acquisition de l’Esprit Saint de Dieu  ». Maxime le Confesseur, Père de l’Église du VIe-VIIe s. explicitait déjà de façon très précise cette action sanctifiante de l’Esprit Saint en ces termes :
« L’admirable Paul niait sa propre existence et ne savait pas s’il possédait une vie à lui : ‘Je ne vis plus, car le Christ vit en moi…’ (Gal 2, 20)… [l’homme], image de Dieu, devient Dieu par la déification, il jouit pleinement de l’abandon de tout ce qui lui appartient par nature… parce que la grâce du Saint-Esprit triomphe en lui et parce que Dieu seul, manifestement, agit en lui ; ainsi Dieu et ceux qui sont dignes de Dieu n’ont plus en toutes choses qu’un seul et même agir ; ou plutôt cette opération commune est l’opération de Dieu seul, puisque tout entier il se communique à ceux, qui tout entiers, en sont dignes. ».

La théologie orthodoxe poussa même l’insistance jusqu’à ne plus faire « de distinction spéciale entre les dons de l’Esprit Saint et la grâce déifiante, la grâce signifiant en général, pour la tradition de l’Église d’Orient, toute la richesse de la nature divine, en tant qu’elle se communique aux hommes ».

Un équilibre à maintenir entre personne et communauté.

Nous pouvons peut-être trouver cela excessif, mais il n’en reste pas moins que cela nous invite à une vigilance bienvenue quant à l’équilibre à garder entre la grâce sanctifiante personnelle de l’Esprit Saint et la grâce charismatique donnée pour le service de la croissance de la communauté de foi. Certes, les charismes ne dépendent pas de la sainteté de ceux qui les exercent et ne sont pas donnés en vue de leur sainteté personnelle. Mais, en même temps, nous devons prendre en compte que ce qui maintient les charismes et augmente leur opérativité, c’est l’action intérieure de l’Esprit Saint qui donne un cœur nouveau, autrement dit qui sanctifie.

Citons encore Maxime le Confesseur :
« De même qu’il est impossible de tenir une lampe allumée sans huile, il est impossible de tenir la lumière des charismes allumée sans l’habitus capable de nourrir le bien par des comportements adéquats, par des paroles, des manières, des habitudes, des réflexions et des pensées convenables. En effet, tout charisme spirituel a besoin de l’habitus adéquat capable de l’alimenter sans cesse, comme de l’huile, de la matière spirituelle qui lui permette de demeurer continument dans l’habitus de celui qui l’a reçu en possession. »
Le terme d’habitus (hexis en grec) utilisé ici par saint Maxime est très important. Il fait référence à l’action de la grâce habituelle en l’homme appelée aussi « sanctifiante » (cf. CEC 2000). En réalité, nous trouvons chez le Confesseur l’explicitation théologique ce que Basile de Césarée au IVe s. exprimait en ces termes :
« L’Esprit est […] vraiment le lieu des saints ; et le saint est pour l’Esprit un lieu propre. »

Une invitation à la conversion.

Autrement dit, nous sommes invités à porter une attention toute particulière à notre sanctification et donc à notre conversion. Les dons de l’Esprit Saint ne sauraient être une finalité en soi. La finalité de l’œuvre de la grâce du Saint Esprit en nous est notre sanctification et les charismes nous sont donnés en vue de cela étant donné la dimension communautaire du salut dans le Christ. Benoît XVI rappelait ainsi dans son encyclique Spe Salvi que : « le cardinal de Lubac, en se fondant sur la théologie des Pères dans toute son ampleur, a pu montrer que le salut a toujours été considéré comme une réalité communautaire. La Lettre aux Hébreux parle d’une « cité » (cf. 11, 10.16 ; 12, 22 ; 13, 14) et donc d’un salut communautaire » (Spe Salvi n°14). Et d’ajouter que c’est pour cette raison que : « De manière cohérente, le péché est compris par les Pères comme destruction de l’unité du genre humain, comme fragmentation et division » (Ibid).

Le baptême dans l’Esprit Saint s’il est accompagné de dons charismatiques, n’en demeure pas moins finalisé sur le renouvellement de la grâce baptismale en vue de la sanctification de ceux qui le reçoivent et donc du Corps tout-entier. C’est bien là le contenu propre de l’effusion de l’Esprit Saint : l’expérience d’une rencontre personnelle avec le Christ, où dans l’Esprit Saint, nous est révélé et communiqué l’amour miséricordieux du Père qui nous sauve et fait de nous ses fils afin que nous puissions partager cette grâce en frères à travers l’exercice de charismes les plus divers. N’est-ce pas ce qui fait dire à saint Paul que tous les charismes doivent être subordonnés à la charité (1 Co 13-14) ?

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