Les cahiers de Fraternité Pentecôte n°10 (1ere partie)

« Ils ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous » (Ac 10, 47)Pour une unité sans uniformité

 

EDITO Par Marie-Hélène Martin

En vue de ce nouveau Cahier de Pentecôte Aujourd’hui, je relisais les actes d’un colloque consacré à la façon dont les Pères de l’Église traitaient la question des hérétiques
. Dans leur souci de préserver l’unité d’une Église naissante autour de la « vraie foi », ils avaient – en gros – deux positions. Ou bien l’hérétique était une brebis malade, et il fallait l’exclure du troupeau, sous peine de contagion. Ou bien c’était une brebis égarée, et il fallait tâcher de la ramener au bercail, en la persuadant de renoncer à ses égarements.
[1]Les Pères de l’Eglise et les dissidents, IVe colloque de la Rochelle (septembre 2009) ; édition Caritas Patrum. En particulier l’article consacré par M. Ribreau au Contra Julianum d’Augustin, pp. 261-280. Notre réflexion d’aujourd’hui, éclairée par la formule de la « diversité réconciliée », nous situe aux antipodes de ces deux positions, quand il s’agit non pas à proprement parler d’hérétiques ou de dissidents, mais de frères chrétiens dont les dogmes, les conceptions (de l’Église, par exemple), les rites… diffèrent plus ou moins gravement entre eux. Que voulons nous dire quand, dans notre Credo, nous proclamons que l’Église est  une ? Comme nous le rappellent Catherine Fricoteaux et Pierre Chieux, vouloir une Église monolithique, qui parle d’une seule voix, c’est presque souhaiter reconstruire cette Babel artificielle qui ne tient pas compte des innombrables expressions possibles d’une même foi.

Et si Dieu la détruit et disperse les hommes, ce n’est pas comme on l’a pensé longtemps par crainte d’être détrôné (selon l’adage « diviser pour régner »), mais
parce que la multiplicité des visages humains ne suffit pas à refléter l’image de sa Face. Accueillons donc avec joie le témoignage de nos frères d’autres confessions
– chacun dans son langage, qui viennent réveiller en nous l’enthousiasme d’une Réforme toujours à faire, le zèle d’une évangélisation toujours à mener, même sur  de vieilles terres de « chrétienté »… bien déchristianisées. Sachons le faire sans arrogance, comme nous y invite Jean-Baptiste Bourguignon, avec au contraire toute l’humilité qui s’impose. Accueillons avec un regain d’espérance le témoignage des jeunes qui, à l’instar du groupe Resucito, reprennent le flambeau d’un renouveau déjà quinquagénaire, qui s’inquiète parfois de ses cheveux blancs…

Oui, comme le dit saint Ephrem, de tous côtés l’Esprit Saint nous invite à cueillir les fruits bénis de son action en tout homme, lui qui est à l’œuvre en ce monde, et en nous, le plus souvent à notre insu. Aussi, quelle heureuse surprise quand nous la voyons se révéler là où nous n’aurions jamais pensé qu’elle pouvait agir !

 

 

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